TRACES ET COLLECTE

Ici, nous déposons les traces de nos collectes : photos, textes, sons, dessins.
Cet espace est un carnet de bord en ligne de nos explorations au fil de l’eau.

SEPTEMBRE 2026

Orne

Coline

15 septembre 2025. Matin.

Marche. Se laisser guider. Non pas guidé·e. Accompagné·e. La pression d’une paume. Les yeux fermés, la lumière pénètre par mes paupières. Des blancs, des bleus. Brume ondulante, presque fluide. Se rendre compte que l’on marche bien les yeux fermés, accompagnée. Non, rassurée par quelqu’un qui veille. Le bruit de ses pas et des pas des autres comme repère spatial. La sensation de se tenir droit·e. D’être perméable aux bruits, bruissements, pépiement des oiseaux, gouttes de pluies. La pression tranquille sur la paume. Coude. Épaule. Puis rouvrir les yeux. L’étonnement que ça se soit bien passé. Échanger.
Se caler sur le rythme de l’autre. S’accorder. Trouver cela beaucoup plus difficile les yeux ouverts, curieusement.
La compote m’a interrompue.

Après-midi.
Balade avec le podcast DIVAGATIONS, les mémoires enfouies d’Olina de Céline Grillon et Noélie Plé.
C’est une sensation que j’aime, marcher avec en écoutant des gens qui parlent d’une histoire que je ne connais pas. L’histoire de l’eau, d’une rivière, de paysage. C’est comme un voyage à travers le temps et les couches. Une découverte toujours renouvelée des anciennes géographies. Anciens marécages, la vie paysanne, découvrir qu’il se dressait des montagnes à Caen. Ou ses alentours.
J’écoute ces voix différentes parler de l’Orne et je vois chênes, noisetiers, herbes dont je ne connais pas le nom.
Au gré de notre avancée, j’entr’aperçois le fleuve. Pas vraiment fleuve. La rivière. L’eau qui glisse entre le vert.
Je pense aussi forcément à ma Loire natale que j’ai tant arpentée et contemplée. Et je me dis que j’aimerais aussi connaître son histoire. Il y a quelque chose de bouleversant à écouter ces personnes raconter ces histoires d’eaux. Que tout bouge et tout est mouvement et transformation.
Je sens aussi mon corps qui me porte. Mon propre flux. Mes propres ruisseaux. Je me dis qu’on est bien bête d’avoir oublié d’être bête.
La musique me berce et me fait voyager vers un autre temps. On navigue, vogue… J’aime bien cette sensation, comme si on me berçait. Comme si mes pieds, ma marche me berçait et m’invitaient à écouter les murmures de l’eau.

Soirée. Atelier d’écriture, se mettre dans la peau d’une rivière.

Je ne suis pas seule. Dans mon lit, des milliers, des centaines de milliers d’êtres, organismes baignent dans mes flancs. Ils se lovent contre moi. Je ne suis jamais seule et ma caresse n’a pas de préférence. Je murmure à chaque oreille sans distinction, même celle·ux qui n’ont pas d’oreille me sentent vibrer tout autour. Mangroves, les pleurs d’un saule, sittelles graciles, esturgeons, ablettes, reinette, gerridés, la langue d’une biche qui me lape, les dents d’un ragondin qui me creusent.
Mais attention, je ne suis pas que douce. Je ne suis pas que surface calme et ondulante où la lumière vient miroiter, doux clapotis. Je grignote aussi, et gonfle, et jaillis, et détruis, et déborde, et emporte. On a tant voulu me contenir, me détourner, m’assiéger, que je me révolte contre celle·ux qui m’assèchent. Je ne suis pas seule dans ma colère. J’emporte tout, sans distinction. Je l’ai déjà dit, je ne fais pas dans la distinction. Je peux donner la vie et la reprendre aussi vite. Je lutte comme je peux. Et ma colère gronde. Je sens mes sœurs lentement se tarirent, se faire contaminer, devenir infécondes par leurs mains avides. Mais je ne suis pas seule. Nous sommes nombreuses. Et nous n’avons pas peur. Car nous aussi, nous pouvons nous soulever.

16 septembre 2025. Midi.
Les bassins versant, renversant, traversant.
La queue d’un cygne qui fait des infinis très rapidement
Glanage des yeux
Voix
Oreilles
Jambes qui marchent
Récoltes de petits trésors, trouvés comme des secrets
Rituel au bord de l’Orne
Lignes
Espace
Horizon
Une branche sur les épaules comme les ailes d’un ange, puis guerrière-samouraï
Rejointes, iels deviennent nymphes, satyres, naïades, silènes, narcisse
Tilleul et chêne – Philémon et Baucis
Un faune, mi-humain, mi-végétal
Mort et naissance
Humus se régénérant
Matière
Chant comme berceuse
Se laisser bercer
Un scarabée sur le dos
Se relever
Renaître
Marcher
Se laisser emporter
S’incorporer
Se taire
Faire place
Écouter
Écouter
Respirer

OCTOBRE 2026

Grosne

Ce paysage sonore a été réalisé par Flora Pilet à l’issue des deux premiers laboratoires de recherche et création sur son projet Nos Rivières.
Diffusion le mardi 30 décembre 2025 dans l’émission Rhizomes sur radio 666.

Mars 2026

Aygalades, Encrême, Lauzon, Seulles, Ill, Rhin

Avril 2026

Drôme et Romane

Observation. Immersion. Analyse. Photographie Pierre-Yves Brunaud
La cie Maga Viva (Drôme) mène depuis plusieurs années une recherche sur le Corps – Territoire.
Dans le cadre de leur 4ᵉ résidence, dont la thématique était l’EAU, nous avons été invitées à partager les processus de recherche et de création de Nos Rivières.
Ensemble, nous avons coconstruit trois jours de résidence itinérante le long de la Drôme : un terrain d’expérimentation commun pour croiser nos approches et interroger nos intervulnérabilités partagées.
Avec un groupe de 14 artistes et chercheuses, nous avons arpenté la Drôme, ses berges, ses versants, sa vallée, son lit.
Nous sommes devenues cascades, castors, ruissellements, pinsons, murmures, fauvettes à tête noires, roches, chênes et montagne.
Nous sommes devenues bassines versantes, colonne d’eau et crête iliaque.
Nous avons arpenté nos corps comme territoire et le territoire comme corps.
Qu’est-ce que cela fait de penser le corps comme un territoire et surtout qu’est-ce que cela fait de penser nos corps comme des étendues d’eaux ?
Si nous sommes faites de la même eau que les rivières et les nappes, alors nous faisons aussi parties du cycle de l’eau.
Toutes nos cellules sont remplies d’eau, toutes nos réactions métaboliques prennent place dans une solution aqueuse.
Flora Pilet

“L’eau soutient nos gestes, notre développement, nos pensées, nos amours. Chimiste aussi merveilleuse qu’ordinaire, l’eau guide nos corps, de l’enfance à la vieillesse, d’ici à là, de la potentialité à l’actualité.(…) Penser la corporéité à partir de l’eau, c’est remettre en cause la vision que nous avons hérité de la tradition métaphysique occidentale dominante. Liquide notre expérience de nous-mêmes est moins solitaire, plus tourbillonnante, océanique.(…) Une circulation fluide et complexe.”
Astrida Neimanis

Mai 2026

Layon et Armanger

coline pilet
coline pilet

Bassin versant de la Loire.
Nous continuons notre parcours au fil des rencontres de l’eau, nous revenons de Chalonnes.
Nous étions au bord du Layon et de l’Armanger avec le collectif Loire Sentinelle :
« Explorer la Loire pour mieux la comprendre et la défendre. Voilà ce que propose le projet de recherche-action-création Loire Sentinelle, par l’étude de la biodiversité et de la plasticodiversité à l’échelle du fleuve et le dialogue permanent entre savoirs, pratiques et sensibilités.
Au travers de cette enquête au long cours, qui se déploie au fil des saisons et dans différents territoires ligériens, entre collectes de terrain et analyses en laboratoire, créations en atelier et actions auprès des publics, Loire Sentinelle cherche à répondre à un double enjeu : prendre la mesure de l’état de santé de la Loire ; comprendre les mesures nécessaires pour soigner notre relation au fleuve et à son bassin versant. »